La crème solaire prescrite est-elle remboursée par l’Assurance Maladie ?
Un dermatologue prescrit régulièrement une crème solaire à ses patients, notamment en cas de peau fragile, de cicatrice récente, d’antécédent de cancer cutané ou de traitement photosensibilisant.
Beaucoup d’assurés pensent alors que cette ordonnance suffit à ouvrir droit à un remboursement automatique par la Sécurité sociale.
La réalité administrative est plus nuancée, et il existe heureusement plusieurs leviers, mutuelle, dispositifs dérogatoires, aides locales, pour limiter la dépense.
Ce guide fait le point sur la réglementation en vigueur et les rares exceptions prévues par la loi.
Vous allez avoir tous ls renseignements concernant le remboursement de crème solaire prescrite par l’Assurance Maladie en France.

Sommaire
- 1 Remboursement crème solaire : ce que prévoit la réglementation de l’Assurance Maladie
- 2 Comment se faire rembourser sa crème solaire grâce à la mutuelle ?
- 3 Le parcours de soins en dermatologie : ce qui reste pris en charge
- 4 Bien choisir sa crème solaire prescrite : les critères qui font la différence
- 5 Adopter une protection solaire complète, au-delà de la crème
- 6 Questions fréquentes sur le remboursement de la crème solaire
- 7 En résumé
Remboursement crème solaire : ce que prévoit la réglementation de l’Assurance Maladie
Avant d’envisager une prise en charge, il faut comprendre comment l’Assurance Maladie classe les produits de santé et sur quels critères elle fonde ses décisions de remboursement.
Pour être remboursé, un produit de santé doit figurer sur la liste des produits et prestations remboursables (LPPR), tenue à jour par l’Assurance Maladie sur avis de la Haute Autorité de Santé.
C’est cette liste qui détermine, pour chaque dispositif médical, le taux de prise en charge applicable et le tarif de référence.
Or les écrans solaires, même prescrits par un professionnel de santé, n’y sont pas inscrits dans le cas général.
Ils relèvent de la catégorie des produits cosmétiques, au même titre qu’une lotion hydratante classique vendue en grande surface.
L’ordonnance a alors une valeur médicale réelle, elle atteste d’un suivi dermatologique sérieux et engage la responsabilité du praticien, sans pour autant ouvrir automatiquement de droit financier auprès de la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM).
Prise en charge
À savoir : Règles de remboursement des produits topiques
Seules certaines crèmes hydratantes spécifiques, comme le Dexeryl prescrit pour des pathologies cutanées sévères ou des brûlures étendues, figurent parmi les rares produits topiques inscrits sur la liste remboursable.
Exclusion stricte : Les crèmes solaires classiques en sont exclues, quel que soit leur indice de protection affiché sur l’emballage.
Existe-t-il de vraies exceptions reconnues par la loi ?
Il existe une exception encadrée et réelle, souvent méconnue des assurés.
Depuis un arrêté publié en 2009, les patients atteints de Xeroderma Pigmentosum, une maladie génétique rare et grave d’hypersensibilité aux ultraviolets, bénéficient d’une prise en charge dérogatoire de leurs produits de photoprotection.
Cette prise en charge s’appuie sur l’article L. 162-17-2-1 du code de la sécurité sociale et concerne les crèmes solaires haute protection, mais aussi les lunettes de soleil, les gants et les masques de protection spécifiques.
La demande de remboursement s’effectue auprès de la CPAM sur présentation de la facture acquittée chez le pharmacien ou tout autre distributeur.
Elle doit etre accompagnée de l’ordonnance, dans la limite d’un forfait annuel fixé par la réglementation.
D’autres pathologies rares, comme certaines porphyries cutanées, la maladie de Marfan, des formes sévères de lupus érythémateux ou des vascularites, font régulièrement l’objet de demandes d’extension de ce dispositif auprès de la Haute Autorité de Santé.
Ces dossiers restent toutefois étudiés au cas par cas.
Ils ne concernent qu’un nombre restreint de patients suivis dans le cadre d’un protocole national de diagnostic et de soins (PNDS).
Pour la grande majorité des assurés sans pathologie rare reconnue, la crème solaire demeure donc à la charge du foyer.

Comment se faire rembourser sa crème solaire grâce à la mutuelle ?
Puisque la Sécurité sociale n’intervient pas pour la population générale, c’est du côté de la complémentaire santé qu’il faut se tourner pour alléger la facture. Parfois substantielle sur une saison estivale entière.
De nombreux contrats de mutuelle incluent aujourd’hui un forfait dit « bien-être », « prévention » ou « médecine douce », qui peut couvrir tout ou partie de l’achat d’une protection solaire.
Les démarches restent simples et reposent sur trois étapes :
- Demander une ordonnance détaillée à son médecin traitant ou à son dermatologue, en précisant le motif médical et l’indice de protection recommandé.
- Conserver la facture nominative et acquittée remise par le pharmacien, mentionnant le nom du produit, son prix et la date d’achat.
- Transmettre ces deux documents via l’application mobile ou l’espace adhérent en ligne de sa mutuelle, dans le délai prévu par le contrat.
Mutuelle & Prévoyance
Conseil : Vérifiez vos garanties avant l’achat
Avant tout achat, contactez votre mutuelle ou consultez les conditions générales de votre contrat pour connaître le plafond annuel du forfait concerné.
Certains organismes limitent ce remboursement à une somme fixe par an, parfois mutualisée avec d’autres dépenses de confort comme l’ostéopathie ou la diététique.
D’autres appliquent un pourcentage du prix d’achat, plafonné par produit ou par bénéficiaire du contrat.
Quels montants espérer selon les types de contrats ?
Les écarts entre complémentaires santé sont parfois importants.
Le tableau ci-dessous donne un ordre de grandeur des pratiques les plus courantes observées sur le marché, à titre indicatif, chaque assureur fixant librement ses propres règles.
| Niveau de contrat | Forfait bien-être / prévention annuel | Part typique remboursée sur la crème solaire |
|---|---|---|
| Entrée de gamme | Souvent absent ou très limité | 0 € à 20 € |
| Intermédiaire | 30 € à 80 € par an | 50 % du prix d’achat dans la limite du forfait |
| Haut de gamme ou sur-complémentaire | 100 € à 250 € par an | Jusqu’à 100 % du prix d’achat selon le contrat |
| Contrat famille avec option enfant | Forfait dédié pour les mineurs | Souvent majoré pour la photoprotection des enfants |
Le parcours de soins en dermatologie : ce qui reste pris en charge
Si l’achat du produit lui-même n’est pas couvert dans le cas général, le suivi médical autour des affections cutanées l’est en revanche selon les règles habituelles de l’Assurance Maladie.
Cela à condition de respecter certaines conditions administratives.
| Type de frais | Prise en charge Sécurité sociale | Reste à charge |
|---|---|---|
| Consultation dermatologue secteur 1, parcours coordonné | 70 % du tarif conventionné | Ticket modérateur, souvent couvert par la mutuelle |
| Consultation hors parcours de soins coordonnés | 30 % du tarif conventionné | Reste à charge nettement plus élevé |
| Hospitalisation pour exérèse ou chirurgie cutanée | Selon les tarifs conventionnels d’hospitalisation | Forfait journalier et éventuels dépassements d’honoraires |
| Affection de longue durée (ALD) reconnue | Prise en charge à 100 % des soins liés à l’ALD | Dépassements d’honoraires, jamais couverts par l’Assurance Maladie |
Pour bénéficier du meilleur taux de remboursement, il est recommandé de toujours consulter son dermatologue après orientation par le médecin traitant, dans le cadre du parcours de soins coordonnés.
Une consultation réalisée sans cette orientation préalable voit son taux de remboursement chuter. Ce qui pèse directement sur le budget santé annuel.
Lorsque les traitements lourds liés à une pathologie cutanée grave imposent une interruption d’activité professionnelle, la question de l’indemnisation se pose également.
Nos lecteurs concernés trouveront des explications détaillées dans notre article obtenir Burn-out et arrêt maladie, qui aborde les démarches auprès de la CPAM et les délais de carence applicables.
Le cas particulier de l’affection de longue durée
Lorsqu’un patient est reconnu en affection de longue durée exonérante, en raison d’un mélanome ou d’une autre pathologie cutanée grave par exemple, l’Assurance Maladie prend en charge à 100 % les actes et soins.
Ces derniers sont directement liés à cette affection, sur la base du tarif conventionnel.
Cette exonération du ticket modérateur ne s’étend cependant jamais aux dépassements d’honoraires pratiqués par certains praticiens de secteur 2. Aussi, ni à l’achat de produits cosmétiques comme la crème solaire, sauf situation dérogatoire évoquée plus haut.
Le courrier d’adressage rédigé par le médecin traitant doit mentionner explicitement l’ALD pour que la consultation chez le spécialiste bénéficie de cette exonération.
Bien choisir sa crème solaire prescrite : les critères qui font la différence
Au-delà de la question du remboursement, le choix du produit conditionne directement son efficacité et donc l’intérêt même de la prescription médicale.
- Vérifier l’indice de protection (SPF) adapté au phototype et à la pathologie sous-jacente, un SPF 50+ étant généralement recommandé en cas de traitement photosensibilisant.
- Privilégier une protection large spectre, efficace à la fois contre les UVA et les UVB, les deux types de rayons impliqués dans le vieillissement cutané et le risque de cancer de la peau.
- Choisir une texture adaptée au type de peau et à la zone d’application : fluide pour le visage, spray pour le corps, stick pour les zones sensibles comme les lèvres ou les cicatrices.
- Privilégier les formules sans parfum et hypoallergéniques en cas de peau réactive ou de dermatite associée.
- Renouveler le produit chaque saison, l’efficacité d’une protection solaire diminuant après ouverture du flacon, généralement au-delà de douze mois.
Adopter une protection solaire complète, au-delà de la crème
La crème solaire reste un élément central de la prévention contre les rayons UV, mais elle ne suffit pas à elle seule à garantir une protection optimale.
Une approche globale limite l’exposition cumulée et réduit le besoin de réapplications fréquentes, souvent insuffisantes en pratique réelle.
- Renouveler l’application toutes les deux heures et systématiquement après chaque baignade ou transpiration importante.
- Porter des vêtements anti-UV avec indice UPF 50+ lors des expositions prolongées, particulièrement chez les enfants et les personnes immunodéprimées.
- Éviter les sorties non protégées entre 12h et 16h, période de rayonnement ultraviolet le plus intense en France métropolitaine.
- Adapter son logement avec des films solaires anti-UV posés sur les vitrages, des stores extérieurs ou des brise-soleil orientables, particulièrement utile pour les personnes atteintes de lupus érythémateux ou de lucite estivale bénigne.
- Porter systématiquement des lunettes de soleil certifiées CE, le cristallin étant lui aussi vulnérable aux ultraviolets sur le long terme.
Checklist avant l’été :
- Vérifier la date de péremption de sa crème solaire de l’année précédente avant de la réutiliser.
- Renouveler son ordonnance auprès du dermatologue si un suivi médical est en cours.
- Vérifier le forfait bien-être de sa mutuelle et son plafond annuel disponible.
- Conserver systématiquement les factures de pharmacie pour faciliter une demande de remboursement ultérieure.
- Prévoir des lunettes de soleil adaptées, dont la prise en charge suit des règles différentes : voir notre article lentilles de contact : prise en charge mutuelle, qui détaille également le cas des verres solaires correcteurs.
Questions fréquentes sur le remboursement de la crème solaire

Une ordonnance suffit-elle à obtenir un remboursement automatique ?
Non. L’ordonnance atteste du caractère médical de la prescription et peut être exigée par certaines mutuelles pour activer leur forfait bien-être.
Elle ne déclenche cependant aucun remboursement de la part de l’Assurance Maladie en dehors des situations dérogatoires reconnues par la loi.
Les enfants bénéficient-ils d’un traitement particulier ?
La Sécurité sociale n’opère pas de distinction selon l’âge pour les crèmes solaires classiques.
En revanche, de nombreuses mutuelles familiales proposent un forfait spécifique ou majoré pour la photoprotection des enfants, jugée prioritaire en matière de santé publique en raison du capital soleil accumulé durant l’enfance.
Que faire si ma mutuelle refuse le remboursement ?
Il convient de vérifier les conditions générales du contrat, notamment l’existence et le plafond du forfait concerné, avant tout achat.
En cas de désaccord persistant, un échange avec le service client de la mutuelle ou une demande de médiation interne permet souvent de clarifier la situation.
La pharmacie peut-elle appliquer le tiers payant sur une crème solaire ?
Le tiers payant s’applique aux produits inscrits sur la liste des produits remboursables par l’Assurance Maladie.
Hors situation dérogatoire, la crème solaire ne figurant pas sur cette liste.
Elle reste payable intégralement au comptoir, le remboursement éventuel intervenant ensuite auprès de la mutuelle sur présentation de facture.
En résumé
L’ordonnance d’un médecin donne une légitimité médicale réelle à la crème solaire.
Sans toutefois déclencher de remboursement par l’Assurance Maladie pour la grande majorité des assurés, faute d’inscription sur la liste des produits remboursables.
Seuls les patients atteints de pathologies rares précisément listées, comme le Xeroderma Pigmentosum, bénéficient d’un dispositif dérogatoire encadré par la loi.
Pour les autres assurés, la solution la plus accessible reste de solliciter le forfait prévention ou bien-être de sa complémentaire santé, en conservant systématiquement ordonnance et facture acquittée.
Le suivi dermatologique, lui, continue de bénéficier des règles classiques de remboursement. Ceci à condition de respecter le parcours de soins coordonnés et de signaler toute affection de longue durée reconnue.